L’été est une période clé pour les pommes et poires de France. Dans les vergers, les fruits à pépins poursuivent leur développement au rythme de la nature : les poires d’été, comme la poire Guyot, ont commencé à être récoltées il y a quelques semaines, tandis que les autres variétés estivales et les premières variétés d’automne continuent de grossir sur les arbres. Côté pommes, chaque variété avance à son rythme : les fruits mûrissent progressivement, se gorgent d’eau, de soleil et de saveurs pour atteindre leur pleine maturité dans les prochaines semaines.
Mais l’été ne marque pas seulement le début de la récolte des pommes et des poires. C’est aussi une saison de vigilance pour les producteurs, qui travaillent chaque jour avec la nature afin de protéger les vergers des fortes chaleurs, du manque d’eau et de la sécheresse. De la croissance des fruits à leur maturité, cette période demande une attention constante pour offrir aux consommateurs des fruits français de qualité.
L’eau, une ressource précieuse dans les vergers
Pourquoi l’eau est essentielle dans les vergers ?
Dans les vergers de pommes et de poires, l’eau joue un rôle essentiel pour garantir une production régulière et de qualité. Elle transporte les éléments nutritifs, maintient les feuilles (organe respiratoire des plantes) actives et accompagne le grossissement des fruits.
Tout au long de l’été, les producteurs suivent attentivement les besoins des arbres afin d’apporter la juste quantité d’eau, au bon moment. Une irrigation maîtrisée permet d’accompagner le développement des fruits, de limiter le stress hydrique et de préserver l’équilibre du verger, même en période de fortes chaleurs ou de sécheresse.
L’eau est également indispensable à la croissance des arbres fruitiers. Elle circule des racines jusqu’aux feuilles et aux fruits, en transportant les éléments nutritifs nécessaires à leur développement. Quand l’arbre manque d’eau au mauvais moment, les fruits peuvent grossir moins vite, rester plus petits ou être plus irréguliers. La disponibilité en eau peut donc avoir un effet rapide sur le diamètre des fruits, puis sur le rendement et la répartition des calibres. Grâce à un apport maîtrisé, les pommiers et les poiriers peuvent poursuivre leur croissance, maintenir leur feuillage et préparer les récoltes à venir. En été, cette attention est d’autant plus importante que les arbres doivent faire face à des températures élevées et à des sols parfois plus secs.
Enfin, l’eau contribue directement à la qualité des pommes et des poires. Composés à environ 85 % d’eau, ces fruits ont besoin d’un apport régulier pour grossir, développer leur texture juteuse et exprimer pleinement leurs arômes. Une bonne gestion de l’eau dans les vergers aide ainsi à obtenir des fruits savoureux, croquants ou fondants selon les variétés, tout en respectant le rythme naturel de maturation.
Comment les producteurs irriguent-ils les vergers ?
Dans un verger, bien irriguer ne signifie pas simplement apporter de l’eau : il s’agit surtout d’apporter la bonne quantité, au bon moment et régulièrement. Une irrigation bien pilotée ne consiste donc pas à arroser davantage, mais à apporter l’eau nécessaire au bon moment pour éviter les à-coups de croissance, sécuriser la récolte et préserver la qualité. Un manque d’eau peut freiner le développement des fruits et entraîner une réduction des calibres, tandis qu’un excès d’eau peut entrainer un risque de croissance végétative qui diminue la bonne pénétration de la lumière dans la frondaison et peut favoriser la pourriture racinaire et augmenter le risque de maladies fongiques.
Pour trouver ce juste équilibre, les producteurs s’appuient aujourd’hui sur des outils d’aide à la décision de précision, comme des sondes hygrométriques placées directement dans les vergers. Les données collectées sont ensuite consultables via des applications sur téléphone mobile, ce qui permet de suivre l’état du sol en temps réel et d’adapter les irrigations en fonction des besoins des pommiers et des poiriers. Parmi ces outils, le pluviomètre et les capteurs d’humidité jouent un rôle important. Le pluviomètre mesure la quantité de pluie reçue par le verger, tandis que les capteurs d’humidité indiquent le niveau d’eau disponible dans le sol. Ces informations aident les producteurs à ajuster leurs apports en eau, à éviter les excès pour préserver cette ressource précieuse. Cette irrigation raisonnée permet d’accompagner la croissance des arbres fruitiers tout en soutenant la qualité des pommes et des poires.
Plusieurs méthodes d’irrigation peuvent être utilisées dans les vergers, selon les besoins des arbres, le type de sol, la météo et l’équipement disponible.
- Le goutte-à-goutte consiste à distribuer l’eau directement au pied des arbres, de manière localisée et régulière.
- L’aspersion permet de couvrir de plus grandes surfaces, mais elle est moins économe en eau, notamment en raison des pertes par évaporation. En revanche, c’est ce même système qui est utilisé pour lutter contre le gel, et c’est le plus efficace. Il permet d’avoir une seule installation pour 2 usages essentiels : irrigation et lutte anti-gel.
- Enfin, la micro-aspersion représente une solution intermédiaire : de petits asperseurs installés près des arbres diffusent l’eau sous forme de fines gouttelettes, au plus près des besoins des plantes.
Chacune de ces techniques aide les producteurs à adapter l’irrigation du verger pour favoriser une production de fruits régulière, savoureuse et de qualité.
Réchauffement climatique : un nouvel équilibre à trouver dans les vergers
Le réchauffement climatique modifie les conditions de production en arboriculture fruitière. Les études montrent une hausse des températures, mais aussi une plus grande variabilité des précipitations : davantage de sécheresse en été, notamment dans les régions méditerranéennes, et parfois plus d’humidité en hiver dans les régions septentrionales. Pour les producteurs de pommes et de poires, ces évolutions rendent la gestion des vergers plus complexe, avec des épisodes climatiques plus extrêmes et moins prévisibles.
En été, les pommiers et poiriers sont particulièrement exposés aux fortes chaleurs et au manque d’eau. La sécheresse peut ralentir la croissance des fruits, réduire les calibres et fragiliser les arbres. À l’inverse, les excès d’eau peuvent favoriser certaines maladies et perturber l’équilibre du sol. Les producteurs doivent donc adapter leurs pratiques pour protéger les arbres fruitiers et maintenir une production régulière, de qualité.
Face à ces changements, le stockage de l’eau devient un enjeu majeur. L’objectif est de conserver l’eau lorsqu’elle est disponible, notamment en période de pluie en hiver ou au printemps, pour l’utiliser lorsque les vergers en ont besoin. Selon les régions et les sols, cela peut passer par des retenues d’eau, des réserves, des barrages, le pompage réglementé dans les nappes phréatiques ou encore des prélèvements autorisés dans les fleuves et rivières. Ces solutions accompagnent une irrigation raisonnée, indispensable pour préserver la qualité des pommes et des poires françaises.
Le soleil, un allié dont il faut se méfier
Un rôle essentiel dans la maturité des fruits
Le soleil est indispensable au bon développement des pommes et des poires. Il fournit l’énergie qui permet aux feuilles de fabriquer des sucres (c’est la photosynthèse) : ces sucres fournissent de l’énergie à l’arbre et participent à donner du goût au fruit. Il favorise la maturation des fruits et contribue à leur sucrosité : plus les fruits avancent vers leur pleine maturité, plus ils développent leurs arômes et leur équilibre entre sucre, acidité et fraîcheur.
La lumière favorise aussi la coloration en stimulant les pigments responsables des couleurs rouges / dorées. Sur certaines variétés, comme la Golden, ils peuvent également favoriser l’apparition d’un léger « blush », cette coloration rosée qui nuance l’épiderme du fruit. Les écarts de température entre le jour et la nuit jouent aussi un rôle important dans la coloration des fruits, en particulier pour les variétés rouges ou bicolores.
Protéger les fruits d’une exposition trop directe
Le coup de soleil se manifeste par une tache brunâtre sur l’épiderme : la peau, abîmée, ne protège plus correctement la chair, qui risque alors de blettir plus rapidement. Pour limiter ce phénomène, les producteurs veillent à conserver un feuillage suffisant autour des fruits, notamment en évitant une taille trop forte au printemps ou en été. Les feuilles jouent alors un rôle naturel de protection, en réduisant l’exposition directe des pommes et des poires aux rayons du soleil.
D’autres solutions peuvent être mises en place pour protéger les vergers lors des épisodes de fortes chaleurs. Les producteurs peuvent par exemple pulvériser de l’argile sur les arbres et les fruits. Son effet blanchissant réfléchit une partie du rayonnement solaire, comme une protection naturelle, et contribue à limiter le stress thermique. Elle agit ainsi comme une forme de protection solaire naturelle pour les fruits.
Lorsque la chaleur se prolonge, l’arbre peut subir un stress hydrique important. Pour préserver ses ressources et assurer la pérennité de la production, il peut alors sacrifier une partie de ses fruits. Cette chute précoce permet aux fruits restants de continuer à se développer dans de meilleures conditions. L’irrigation permet aussi de réguler la température au cœur du verger pour protéger l’arbre de la sécheresse.
En été, une bonne gestion de l’eau et du soleil (de la lumière) sont indispensables pour obtenir des fruits réguliers, bien développés, colorés et goûteux. Grâce à leur savoir-faire, à l’observation, aux outils de suivi et à des pratiques adaptées, les producteurs accompagnent les pommiers et les poiriers tout au long de la saison. Leur objectif : protéger les arbres, préserver les ressources naturelles et permettre aux pommes et poires de France d’atteindre leur pleine maturité avec une qualité optimale. Dans les prochaines semaines, les premières variétés de la nouvelle récolte arriveront progressivement sur les étals : une belle occasion de redécouvrir le goût des pommes et poires françaises fraîchement récoltées.
Sources
Jean-Michel J.-M. Legave. Comment faire face aux changements climatiques en arboriculture fruitière ?. Innovations Agronomiques, 2009, 7, pp.165-177. ⟨10.17180/kfcw-6m74⟩. ⟨hal-02662662⟩)
https://arbrefruitiers.com/pages/irrigation-des-pommiers-comment-proceder#:~:text=Pendant%20la%20p%C3%A9riode%20estivale%2C%20l,par%20hectare%20pour%20100%20arbres.
https://lesfruitiersdemile.fr/actus_49/vos-fruits-aussi-peuvent-souffrir-du-soleil-et-de-la-chaleur/